Mésentente entre associés – « Offrir un accompagnement global »

À l’occasion du rattachement de la cellule de médiation de la mésentente à l’ANC (Association notariale de conseil), Éloïse Vey, sa directrice, rappelle ses missions et détaille les défis à relever.

 

NVP : Vous dirigez la cellule de médiation de la mésentente entre associés, désormais rattachée à l’ANC. Pourriez-vous vous présenter et nous préciser le rôle de cette cellule ? 
Éloïse Vey : Je suis médiateur-notaire. Après un parcours notarial classique à Lyon, à Paris et au Puy-en-Velay pendant plus de vingt ans, j’ai choisi de me former à la médiation à l’Ifomene¹. En 2020, j’ai rejoint la toute nouvelle direction de la médiation et de l’arbitrage du CSN pour créer une cellule dédiée à la mésentente entre notaires. La cellule intervient comme un tiers neutre et indépendant, pour aider les associés en conflit à renouer le dialogue et à trouver des solutions pérennes à leurs différends. Nous intervenons en binôme, en délocalisant le conflit. Nous devons être réactifs et nous adapter à chaque difficulté, dans une confidentialité totale des échanges et des médiations que nous gérons. Le taux de réussite, 75 %, est élevé. Nous avons beaucoup de retours extrêmement positifs des notaires médiés. En 2024, la cellule a été saisie de 70 demandes et nous avons mené 45 médiations. 

NVP : Quels types de conflits internes rencontrez-vous le plus souvent ? 
É. V. : Dans les structures anciennes ou traditionnelles, nous retrouvons souvent des blocages liés à des situations familiales, des problématiques de répartition des produits, des divergences de vision ou de stratégie d’entreprise, des conflits de générations. Beaucoup de conflits touchent les sociétés multi-offices où les regroupements ont été trop rapides, mal préparés, sans projet d’entreprise, parfois même sans que les associés ne se connaissent. La complexité et la méconnaissance des structures d’exercice cristallisent les tensions. Nous gérons aussi beaucoup de retraits d’associés, de cessions en cours, de conflits entre ex-associés. 

NVP : La cellule est composée de notaires ou d’anciens notaires. Quels sont vos critères de recrutement ? Comment est assurée la formation de votre équipe ? 
É. V. : J’ai constitué un groupe d’intervention avec des profils complémentaires, capables d’intervenir dans tous les conflits que peuvent connaître nos confrères. Les douze médiateurs ont une solide formation en médiation, c’est impératif. Certains sont médiateurs familiaux, d’autres ont exercé des responsabilités dans les instances régionales ou nationales. Au-delà de ces prérequis, nous recherchons des profils ayant une réelle capacité d’écoute et de compréhension des enjeux humains. La formation continue est au cœur de notre démarche qualité : nous avons structuré des groupes de travail pour échanger sur nos pratiques, et poursuivons des formations sur des sujets délicats identifiés lors des médiations. Cette formation est construite en fonction de nos besoins et nous devons tous y participer. 

NVP : Dans un contexte économique tendu, quels sont les défis à relever pour votre cellule ? 
É. V. : Notre principal défi est d’intervenir le plus en amont possible dans les situations de tension. La crise immobilière peut exacerber des difficultés préexistantes entre associés, et il est crucial d’agir avant que les conflits ne deviennent trop profonds. Nous travaillons donc à renforcer nos liens avec les instances régionales pour une meilleure détection des situations à risque. Un autre défi majeur est de faire connaître notre action auprès de tous les notaires : le rattachement à l’ANC va nous permettre d’offrir un accompagnement plus global, de la prévention jusqu’à la mise en œuvre des solutions trouvées en médiation. Enfin, nous devons développer nos partenariats avec les prescripteurs de la médiation et adapter nos pratiques aux nouvelles formes d’exercice, notamment les SMO et les groupements de notaires. 

NVP : Vous êtes membre du Conseil national de la médiation. Comment cette double expertise vous aide-t-elle ? 
É. V. : En tant qu’ancien notaire, je comprends parfaitement les enjeux spécifiques de la profession : la responsabilité d’officier public, les contraintes de la gestion d’entreprise, les aspects déontologiques et la relation client. Ma participation au Conseil national de la médiation me permet d’enrichir nos pratiques des dernières évolutions et de porter la voix du notariat dans les réflexions nationales sur les modes amiables de résolution des différends. Cette double casquette facilite aussi le dialogue avec les instances ordinales qui nous adressent des confrères en difficulté, car elles savent que nous maîtrisons tant les aspects techniques que relationnels des situations. 

Propos recueillis par Marie DE BADEREAU
¹ Institut de formation à la médiation et à la négociation. 

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Maître Eloïse Vey
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